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17 octobre 2012

Vous avez dit "refondation" ?

17 octobre 2012
Par Francis Vergne

Prenons au sérieux l’appel ministériel lancé à la refondation de l’école. Demandons nous de quelles « fondations » il s’agit.
Certaines, d’inspiration néolibérales, ont contribué à remodeler l’école en profondeur [1] : faut-il ou pas les remettre en question ?
Sauf à confondre conséquences et causes véritables la mise en exergue médiatique de quelques maux chroniques censés rendre compte de défaillances du système – décrochages, « mauvaises » orientations, perte de sens et d’intérêt, renforcement des inégalités, etc... - ne saurait remplacer un diagnostic qui replace la crise de l’école dans le contexte d’un dérèglement économique et social durable et généralisé.
On peut douter que la consultation accélérée - tout devrait être bouclé en trois mois - de la société civile et de quelques uns de ses experts auto désignés invités à s’exprimer sur les remèdes à apporter constitue la bonne méthode.

Quelle analyse de l’école pour quel projet ?

De quelle analyse partir ? Depuis de nombreuses années les contre réformes managériales menées tambour battant au rythme imposé par le couple New Public Management/ RGPP ont saccagé le système éducatif. Elles ont également aligné comme le demandait explicitement la Stratégie de Lisbonne le fonctionnement de l’école sur des normes capitalistiques propres à rendre plus compétitive l’économie de la connaissance.

La refondation d’une école commune et émancipatrice est-elle concevable si l’éducation continue à être subordonnée à l’économie et ordonnée à la fabrication de capital humain conformément aux compétences attendues pour le rendre employable ? Aujourd’hui la prise de conscience de l’inanité et des dégâts humains, éthiques et sociaux, provoqués par la dictature du néolibéralisme éducatif, de sa nov langue et de ses frénésies évaluatrices délirantes gagne socialement du terrain. La gauche au gouvernement en tire-t- elle toutes les conséquences ?

Sans doutes l’excès de libéralisme et sa présentation décomplexée et agressive qui avait été l’une des marques de fabrique du « sarkosysme » sont-ils dénoncés par la gauche située dans la mouvance du Parti Socialiste.
Mais on cherchera en vain une perspective assumée de démocratisation scolaire globale pensée dans une perspective de transformation sociale. Tout se passe comme si la feuille de route néolibérale et européenne que brandissait hier le « président des riches » s’imposait au « président normal » quitte à procéder à un nouvel habillage.

D’où un projet éducatif du PS fondé sur un socle commun en tous points conformes aux directives européennes permettant aux élèves ayant suivi le cursus de l’école obligatoire (école-collège) jusqu’à 16 ans d’acquérir les fondamentaux et un ensemble Lycée/Enseignement supérieur chargé de fournir à « l’économie de la connaissance » la main d’œuvre dont celle-ci aura besoin dans la compétition internationale.

Point de démocratisation en vue mais en lieu et place une individualisation des parcours, une école pour chacun qui s’adapte aux besoins supposés des élèves avec le concours des collectivités locales et d’organisations péri éducatives pour « ...s’assurer de l’acquisition par chacun du socle de connaissances et de compétences utiles à tout citoyen à la fin de la scolarité obligatoire... instaurer l’accompagnement du travail personnel ... développer les pédagogies du projet et du détour...confier aux établissements et leurs équipes pédagogiques , en autonomie, une part importante de leur dotation en heures d’enseignement... ». Assez logiquement la réforme des universités et la loi LRU instaurant l’autonomie concurrentielle que l’on connaît seraient pérennisées après avoir été amendées.

Aménager l’existant ou assumer la rupture

Il est certes des questions pointées par l’actuel ministre comme celle des rythmes scolaires qui sont loin d’être secondaires. Mais coupées de leurs dimensions sociales et politiques, elles risquent de connaître le sort de bien d’autres soucieuses du bien être de l’enfant et du « vivre ensemble » dans un espace illusoirement protégé de la guerre sociale et de ses effets destructeurs.

Mais comme dans le même temps ces lieux continuent à être exposés aux agressions d’un capitalisme de plus en plus débridé, à sa violence sociale et à la démultiplication mortifère des inégalités cela ne saurait déboucher sur autre chose que sur la recherche de pacification ou du moins de réduction des zones de tensions maximales.

Ce qui ne manque pas d’engendrer alors de nouvelles contradictions et de nouvelles différenciations. Ce pourrait être le cas pour un collège considéré comme un maillon faible particulièrement anxiogène. Aménagé pour le rapprocher de l’enseignement primaire, avec moins d’enseignants délivrant des savoirs disciplinaires et plus d’activités encadrées par des acteurs locaux, il inviterait les organisations périphériques de l’école à s’impliquer dans une forme de co éducation soit où l’occupationnel « éducatif » assouplirait une formation jugée trop élitiste.. et trop coupée du monde [2]. Soit le socle en acte, toujours lui, mais rendu « politiquement correct » par la vieille antienne de l’école fondamentale remise au goût du jour. Il se trouverait probablement assez d’experts en chrono biologie, de pédagogues cognitivistes et de spécialistes du développement personnel pour nous expliquer combien tout cela serait bénéfique à l’épanouissement de l’enfant.

Mais croit-on qu’un tel déplacement du centre de gravité des apprentissages vers l’éducatif serait scolairement et socialement neutre ?
Imagine-t-on que le contenu de la co éducation contractualisée serait identique selon les quartiers et les territoires ? Une telle ligne de pente ouvrirait plutôt la voie à un accompagnement des adieux au savoir pour tous.

Disons le tout net. Il nous semble inconcevable de refonder sans assumer une rupture avec des réformes néolibérales systémiques et sans remettre en cause les convergences organisées au niveau d’institutions européennes qui ont joué un rôle déterminant et o combien normatif dans un ensemble de domaine qui touchent aussi bien le travail, que les services public, la protection sociale que la formation initiale et « tout au long de la vie ».

A l’heure où l’édifice européen tout entier vacille et où de timides velléités de correction à la marge semblent constituer le seul horizon des gouvernances présentes et à venir, on ne peut éviter de poser la question : le cours néolibéral qui impose concurrence et compétition généralisées doit, en dépit des catastrophes et des souffrances sociales qu’il engendre, continuer à s’appliquer ou s’il doit être radicalement remis en cause ?

A ne pas connecter cette question à l’avenir de l’école, on limite par avance le champ de réflexion à un « scolarisme » qui a marqué les trop nombreux débats en trompe l’œil ces dernières années : modernisateurs contre conservateurs, pédagogues contre défenseurs des savoirs, avec comme point commun de considérer que l’école doit vivre avec, s’adapter et voire pour certains se transformer pour mieux préparer les esprits et façonner les subjectivités des enseignants et des élèves à la rationalité nééolibérale d’un monde qui serait le seul possible. Là semble résider le point aveugle et l’indépassable tabou de la gauche gestionnaire. [3]

La déclinaison d’un projet éducatif démocratique

La question de fond est donc bien la suivante : faut-il maintenir le cap sur un double objectif liant démocratisation scolaire et réduction des inégalités sociales ou faut-il renoncer à cet objectif utopique et concentrer les efforts sur une panoplie de dispositifs plus en phase avec l’air du temps. Moins coûteux et plus réalistes seraient alors le bric à brac managérial qui a pour point commun de dessaisir les professionnels de l’école de leurs métiers, de leurs identités, de leurs initiatives.

Va-ton repeindre en rose ou en vert les mystifications usées jusqu’à la corde de l’égalité des chances, de la discrimination positive, de l’autonomie des établissements (voire de la recherche pseudo savante de l’effet établissements.. puis de l’effet enseignant ?), du recours aux bonnes pratiques ou encore aux « écoles de la deuxième chance » ?

Le point de vue défendu ici entend au contraire penser ensemble transformation démocratique de l’école et transformation sociale ce qui commande à la fois un regard lucide sur l’école néolibérale et un retour critique et prospectif sur les politiques éducatives du passé.

L’hypothèse dont nous partons sur ce que l’on peut attendre d’une politique éducative alternative pourrait tenir en une formule : que dans tous les domaines, elle doit « remettre du commun au cœur de la société ». Contre la concurrence généralisée pour les meilleures filières, les meilleurs établissements, les meilleures classes, etc, il faut sans doute poser le commun comme le nouvel esprit de l’institution. Les Forums sociaux mondiaux de ces dix dernières années l’ont réaffirmé : l’éducation et la culture sont des « biens communs de l’humanité ».

La question à laquelle nous avons à répondre est donc la suivante : comment briser la constitution de cette société néolibérale et promouvoir un nouveau système de normes sociales, de formes d’existence et de modèles d’institution dans le champ éducatif ?

Il s’agit bien de passer de la logique de la compétition à la logique du commun. Comment décliner la production du « commun » dans l’éducation ? Quatre chantiers, pensons-nous méritent d’être réouverts, soit quatre axes étroitement solidaires sur lesquels il est proposé de travailler [4] :

  • Le premier concerne la relance de la démocratisation sociologique de l’école. Pas de transformation progressiste de l’école sans réduction des inégalités sociales et scolaires et reprise d’un réel mouvement de démocratisation de l’accès au savoir.
  • Le second touche à la réinvention d’une culture commune, à une reformulation de ses contenus et leur articulation avec des savoirs émancipateurs
  • Le troisième nous semble devoir traiter d’une nouvelle pédagogie et plus précisément du passage d’une pédagogie des la compétition et de la mobilisation du néo sujet à une pédagogie de la coopération.
  • La perspective enfin d’une démocratisation de l’organisation scolaire autorisant une refondation laïque et institutionnelle de l’école, nous semble également devoir être abordée.

Contrairement à ceux qui suspectent le syndicalisme de corporatisme et de conservatisme, souvenons-nous que Jaures – avec qui Vincent Peillon dit entretenir une grande proximité - voyait dans la force de proposition et de transformation que pouvait représenter le syndicalisme enseignant l’occasion de porter l’unité essentielle à la lutte pour l’émancipation en opérant la liaison entre les deux grandes forces de transformation historique qui peuvent renverser le pouvoir du capital, la « force du travail » et la « force du savoir ». Serait-il trop tôt pour commencer ?

Francis Vergne
Chercheur associé à l’Institut de recherche de la FSU
Auteur de Mots et maux de l’école, petit lexique impertinent et critique, Armand Colin, 2011 et co auteur de la Nouvelle école capitaliste. La découverte, 2011

[1] Cette mutation débouche sur un nouvel age de l’école que nous qualifions d’école néolibérale ou encore de nouvelle école capitaliste ».
cf La Nouvelle école capitaliste. Christian Laval, Francis Vergne, Pierre Clément, Guy Dreux. La découverte 2011.

[2] Ce qui n’est en ce cas nullement contradictoire avec une forme de marchandisation sous couvert de partenariat public privé.
Ne relevant pas au sens strict d’un programme la prise en charge d’activités éducatives ayant trait à l’éducation, à l’orientation, à l’environnement, à la santé, à la citoyenneté, etc.... bénéficiera de sponsors et de supports pédagogiques gracieusement produits et fournis par Total ( sur les énergies renouvelable ), Véolia ( brochure sur les métiers de l’environnement ) ou encore la Banque de France ( éducation financière...)

[3] Ceux ci ne devraient guère être bouscules si l’on se réfère aux dispositifs et aux personnages clé de la consultation.
A lui seul l’emblématique Christan Forestier du comité directeur du rès libéral Institut Montaigne insubmersible pilier, bras armé et faire valoir institutionnel des ministres successifs y compris les plus réactionnaires et les plus intellectuellement malhonnêtes tel Claude Allègre, constitue l’archétype de la soumission à la machinerie technocratique des contre réformes managériales.
Comme symbole d’ouverture et d’audace théorique on aurait sans doute pu trouver mieux....

[4] Il s’agit là du programme de travail entamé depuis plusieurs années avec l’institut de recherche de la FSU par le chantier « politiques néolibérales et action syndicale » plus particulièrement dans le cadre de son séminaire « Jalons pour penser et construire l’alternative »

 

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