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2 mars 2008

Projet de programmes pour l’école primaire : un dramatique retour en arrière

Par Jean-François VINCENT, Président de l’OCCE

Pour faire face aux difficultés d’un monde en pleine mutation, pour éduquer le citoyen du XXIème siècle, le projet de programmes pour l’école primaire réintroduit des objectifs dont certains datent de … 1882. Au-delà de certaines similitudes dans les contenus, l’esprit du projet de programme traduit d’une façon générale le retour à une école de « l’instruction », articulée autour d’un certain nombre de « connaissances et compétences (qui) s’acquièrent par l’entraînement ».

L’école d’autrefois en réponse aux défis éducatifs actuels

Le retour à l’instruction civique et morale est probablement l’exemple le plus caractéristique de cette « renaissance » de l’école du passé. Les auteurs des programmes actuels pourraient même être accusés, dans les paragraphes concernant l’instruction civique et morale, de plagiat.

- Éducation morale Cours moyens Programmes de 1882 Devoirs envers les autres hommes. - Justice et charité (Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fît ; faites aux autres ce que vous voudriez qu’ils vous fissent.) - Ne porter atteinte ni à la vie, ni à la personne, ni aux biens, ni à la réputation d’autrui. - Bonté, fraternité, tolérance ; respect de la croyance d’autrui.

- Programme cycle 2 « instruction civique et morale » (2008) 1- (les élèves) découvrent les principes de la morale, qui peuvent être présentées sous forme de maximes illustrées et expliquées par le maître au cours de la journée (telles que “La liberté de l’un s’arrête où commence celle d’autrui”, “Ne pas faire à autrui ce que je ne voudrais pas qu’il me fasse”, etc.) et prennent conscience des notions de droit et de devoir. Les programmes ne parlent plus d’éducation civique ou d’éducation à la citoyenneté, mais d’instruction civique et morale. L’Ecole n’a plus à se mêler d’éducation qui sous entend tout autant la transmission de connaissances que l’acquisition de capacités et d’attitudes. Elle doit aujourd’hui instruire, c’est-à-dire transmettre et faire admettre des connaissances civiques et morales. Comme à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle, l’enseignant va donc « faire la morale » à ses élèves…, en espérant que ces leçons de morale, en faisant appel à la sensibilité des enfants, construiront (probablement naturellement) les compétences nécessaires pour « vivre ensemble ». Au-delà du changement de terminologie, cet exemple est tout à fait emblématique d’un dramatique retour en arrière concernant les missions de l’école et la conception de l’enseignement.

Un dramatique retour en arrière.

Cette conception d’un enseignement par instruction ou par déversement de connaissances révélées par l’enseignant, est tout aussi évidente dans le reste des programmes. Elle transparait d’abord au travers de la réintroduction de l’enseignement disciplinaire dans le domaine de la langue : grammaire, orthographe, conjugaison…

D’une façon générale, ce qui est visé dans les programmes ce n’est plus la compréhension (par l’observation et la découverte du fonctionnement de la langue écrite et orale, ou par la résolution de problèmes), mais la mémorisation (des règles orthographiques, grammaticales, des conjugaisons ou des techniques opératoires) et le renforcement d’enseignements décontextualisés, suivis de longues périodes d’entrainement. A cet égard, le préambule des programmes est on ne peut plus explicite : « Il est indispensable… que les élèves soient entraînés à mobiliser leurs connaissances et compétences dans des situations progressivement complexes pour questionner, rechercher et raisonner par eux-mêmes. » Un enseignement par « tranches », un enseignement du simple au complexe… La conception que les rédacteurs des programmes se font de l’enseignement apparaît également de façon claire dans l’augmentation des horaires de Français et de Mathématiques, qui représentent à eux seuls plus de la moitié des 24 heures hebdomadaires de classe. Si on ajoute l’augmentation des horaires de l’EPS, la nécessité de la pratique d’une langue étrangère, l’introduction dans les programmes de « l’histoire de l’art » ( !!!!) et une sensibilisation au développement durable ( Présentation des programmes ) …, que reste-t-il comme temps pour mener à bien des projets de création et d’expression, pour mettre en place les temps de débat… ? Que reste-t-il comme temps pour apprendre à apprendre et apprendre à vivre ensemble ?

La disparition des cycles

L’enseignement par transmission s’appuyant sur une organisation rationnelle et progressive des enseignements avant d’arriver à la complexité, les programmes réintroduisent tout naturellement des progressions nationales par classe, de la petite section au CM2, en Français et en Mathématiques. Les cycles sont de fait vidés de leur sens, mais cette disparition est somme toute logique. Au coeur du projet de programme de l’école primaire, on ne trouve plus l’élève et ses apprentissages, on trouve les contenus disciplinaires à transmettre, les règles morales et civiques à faire admettre et respecter…, l’obéissance et la passivité polie de l’élève… Jamais depuis des décennies, les programmes n’avaient envisagé un tel retour en arrière : recul sur les missions de l’école, recul sur le statut des élèves, recul sur la conception de l’enseignement. Comment peut-on penser que c’est dans les solutions du passé, dans une conception de l’école qui date de plus d’un siècle, que se trouvent les solutions pour construire l’école d’aujourd’hui ?

Jean-François VINCENT, Président de l’OCCE

 

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