www.snuipp.fr

SNUipp-FSU 03

Vous êtes actuellement : L’école  / PROGRAMMES  / PROGRAMMES DE 2008  / Réactions de chercheurs, mouvements  

fontsizeup fontsizedown impression s'abonner  à la rubrique {}
3 mars 2008

Quels changements ces nouveaux programmes apportent-ils à l’enseignement de l’histoire ?

Par Benoit Falaize, chargé d’études et de recherches à l’INRP

- Quels changements ces nouveaux programmes apportent-ils à l’enseignement de l’histoire ?

  • Les changements sont nombreux, dans le fond, comme dans la forme. D’abord, il est certain que les auteurs des nouveaux programmes proposés à la consultation ont recentré les apprentissages sur une dimension plus clairement franco-centrée de l’histoire, plus proche de la manière dont les programmes étaient conçus depuis la IIIe République que de celle de 2002 où l’ouverture à l’histoire européenne et méditerranéenne était un des axes directeurs. On devine par ailleurs un retour à une histoire fondée sur les événements, conçus comme dates repères, importantes à connaître. En relisant les instructions officielles de 1923 destinées à l’école primaire, on retrouve cette volonté (presque avec les mêmes termes) d’ancrer les apprentissages d’histoire dans une chronologie fiable, centrée sur la France et ses héros traditionnels. Pourtant, même dans les programmes de 1923, la dimension européenne est plus affirmée. Bien sûr, la Méditerranée n’a pas été supprimée des nouveaux programmes présentés par le Ministre. Pourtant, la formulation adoptée (« Conflits et échanges en Méditerranée : les Croisades (avec un grand « C »), la découverte d’une autre civilisation : l’Islam ») rompt indiscutablement avec l’esprit non seulement des programmes de 2002 mais avec l’historiographie la plus actuelle. L’autre rive méditerranéenne reste bien, dans la nouvelle mouture des programmes, cet ailleurs, cette altérité radicale (et surtout l’Islam), là où, historiquement, les clivages étaient infiniment plus complexes et beaucoup moins univoques à propos de l’Islam et des religions en particulier. La forme enfin : il n’est pas si fréquent de voir des programmes en vigueur (ceux de 2002) comparés termes à termes, dans un « avant » /« après » par le ministre lui-même, dans un document officiel visant à une consultation. L’usage prévaut souvent sur l’idée de la continuité républicaine, quitte à ne rien dire de trop offusquant des anciens programmes. Car chacun sait qu’un programme n’est ni « bon » ni « mauvais », mais qu’il répond toujours au contexte qui le voit naître. Par ailleurs, le large travail des programmes de 2002 ne commençait que très récemment à s’installer réellement, mais sans évaluation réelle du système éducatif. Ce comparatif (avant/après) semble avoir surpris les enseignants et les observateurs du système éducatif. Dernier changement, le volume horaire. Certes, le ministre rappelle la volonté de réaffirmer les apprentissages disciplinaires. Pourtant, il semble que la part dévolue à l’histoire, à lire les documents d’accompagnement et les chiffrages horaires, soit un peu plus réduite dans les pratiques à venir. On passerait sans doute de 1h à environ à 45 minutes ou même 40 minutes. En soit, cela n’a rien de négatif ou de positif. Mais dans la mise en œuvre des programmes, il faudra certainement, concrètement, en tenir compte pour assurer l’ensemble du programme proposé.

- Que pensez-vous de la place importante donnée aux dates-repères et aux personnages célèbres ?

  • Que les programmes d’histoire de l’école proposent une liste de dates et de repères, ce n’est que tradition. Le contraire serait étonnant. Pour cette nouvelle version d’instructions officielles, le recentrage que j’évoquais se retrouve évidemment dans les personnages clés. Le Panthéon scolaire que proposent les nouveaux programmes retrouve une liste très IIIe République. Voltaire remplace Condorcet. Ce dernier, ainsi queVictor Schoelcher (deux personnages centraux de la construction de l’idéal républicain) disparaissent. « Saint-Louis » réapparaît (l’analyse du fait religieux en classe supposerait que l’on parle plutôt de Louis IX). Mais là encore, la dimension strictement française frappe l’observateur. Marie Curie, vieille héroïne des programmes de la IIIe République (avec Pasteur qui revient également) retrouve aussi une place. Est-ce en raison du fait qu’il s’agit d’une femme (manière de rappeler que la dimension « histoire des femmes » n’est pas tout à fait absente, malgré un recul assez net par rapport à la formulation des programmes de 2002) ou est-ce pour son inscription dans l’histoire de l’immigration, histoire par ailleurs visiblement absente de l’écriture des programmes, à l’heure de l’ouverture de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration.

- On semble se diriger vers une réduction du temps alloué à l’enseignement de l’histoire au profit d’un recentrage sur le français et les maths. Qu’en pensez-vous ?

  • De fait, le ministre a présenté les programmes le 20 février dernier sous l’angle du changement. Le « deuxième changement » sera « l’ambition retrouvée des programmes disciplinaires » explique le ministre. En affichant sa volonté de « redisciplinariser » l’école primaire, beaucoup de spécialistes des différentes disciplines observent que, paradoxalement, le bénéfice ira sans aucun doute au lire et au compter, et peu aux autres matières, si l’on excepte celle créée : histoire des arts. La modification horaire que je mentionnais plus haut pourrait faire craindre une chute de la pratique de l’histoire. Il faudrait néanmoins se poser deux questions préalables : quel taux horaire actuel existe réellement dans les pratiques effectives de classe ? et n’est-il pas possible ou envisageable de faire de l’histoire sur les plages consacrées au français par exemple ?

- Précisément, quelle est votre opinion sur l’interdisciplinarité ? Quelle approche privilégieriez-vous pour construire cet enseignement ?

  • La pédagogie de l’histoire à l’école primaire a ceci de particulier, par rapport au secondaire qu’elle s’exprime sous des formes très souvent transversales, à la fois rattachée au créneau horaire « histoire », mais aussi à travers la littérature ou l’éducation civique. Ce serait un retour à une vieille tradition française de l’école que de faire des dictées sur des sujets géographiques ou historiques, ou encore de proposer des compositions de français (avec des consignes très soutenues et des exercices de grammaire clôturant l’ensemble) autour de thèmes historiques. Ce n’est pas prôné par les nouveaux programmes. Pourtant, ce serait là un réel retour à l’origine de l’école républicaine, dans laquelle, contrairement à ce que l’on veut souvent faire croire dans des débats non informés, le déchiffrage et la forme de l’apprentissage du français n’étaient pas indépendants du sens et des disciplines. A l’école, la grammaire pour la grammaire ou l’histoire érudite pour l’histoire érudite n’a pas grand sens. C’est Ferdinand Buisson qui le disait déjà à la fin du XIXe siècle…

- Que pensez-vous de l’absence d’indication concernant les démarches à suivre en classe ?

  • Dans sa présentation, le Ministre évoque la liberté pédagogique. Qui pourrait s’en plaindre ? Cela ne veut pas dire que les maîtres doivent se retrouver seuls face à des disciplines dont ils ne savent pas nécessairement utiliser les catégories et les manières de penser pour les transformer en une pédagogie efficace. Bien sûr, si l’absence d’indication concernant les démarches signifie implicitement qu’il n’y a qu’à connaître la chronologie pour enseigner l’histoire à l’école primaire, alors on ferait fausse route.

Benoît Falaize est chargé d’études et de recherche à l’INRP, directeur du rapport d’enquête sur la situation de l’enseignement de l’histoire de l’immigration en France.

 

12 visiteurs en ce moment

*Top

SNUipp-FSU 03
42 rue du Progrès
03000 MOULINS

tel/fax : 04 70 44 38 32

snu03@snuipp.fr

Mentions légales


©Copyright 2006 - SNUipp-FSU 03 , tous droits réservés.