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10 mars 2008

Nouveaux programmes

Entretien avec Antoine Fetet

- Quelles ont été vos premières réactions à la lecture de ces projets de programmes ?

  • J’ai tout de suite pensé à l’étude qui vient de paraître aux USA qui montre qu’il existe des effets pervers si l’on met trop l’accent sur les compétences de base : phénomènes de bachotage, évaluations qui privilégient des savoirs de mémoire de liste, sorties du système scolaire avec une culture générale catastrophique. Dans ces projets de programmes, les tout petits paragraphes sur la lecture et la rédaction, les très longs paragraphes sur la grammaire, laissent penser que la focalisation sur « les savoirs de base » va éliminer le travail sur les savoirs que l’on sait mettre en action, transférer et organiser en système. Ma deuxième crainte serait de voir l’école primaire devenir un simple « préalable » à une scolarité réussie, qui réserverait les activités intelligentes au collège et assignerait au primaire tout ce qui est de l’ordre du répétitif, du rébarbatif, de la mise en place de mécanismes et d’un travail de mémoire décontextualisé. C’est une vison catastrophique de l’éducation en général.

- Que pensez-vous du contenu des programmes de français ?

  • Mettre le paquet sur les savoirs ne veut pas dire abandonner tout le reste. On sent un retour de balancier désastreux . Et que dire de ces propositions de progressions ? « Le vocabulaire de la mer et de la forêt » réservé au CM1 mais pas au CE2 ni au CM2… On fait croire que la maîtrise de la langue s’acquière par la mémorisation de leçons dans un système transmissif, alors qu’il faut aborder des notions et des concepts incroyablement complexes. Dans les programmes de 2002 il y avait une articulation (difficile et insuffisamment mise en oeuvre, à cause en particulier de la non publication du document d’accompagnement et du manque de formation). Une petite minorité de collègues s’est réellement lancée dans la démarche ORL et on ne peut pas leur mettre sur le dos le fait « qu’on ne fasse plus de grammaire ».

- Le programme est-il trop lourd ?

  • On revient à des listes très longues. Que signifie le passé antérieur pour un enfant de cycle 3 ? Le programme est beaucoup trop lourd et la présentation des notions sous forme de listes induit un fonctionnement « de type Bled ». Les élèves seront soumis à un jet constant de notions qu’ils n’auront le temps ni d’entraîner ni d’assimiler, comme s’il suffisait, jour après jour, semaine après semaine, de les prendre les unes après les autres, de tourner les pages du manuel… Cela ne marche pas : si cela avait marché, on n’aurait pas abandonné cette manière de faire. C’est un comble, car alors que le projet de programmes exige plus d’entraînement, la quantité de choses à voir va paradoxalement empêcher cet entraînement !

- Pour vous cela représente un des changements les plus importants ?

  • Avec les programmes de 2002, même si l’on n’avait pas assez précisé le rôle de l’entraînement, on avait des notions beaucoup plus claires et en nombre beaucoup plus limité. On avait le temps d’aller vers la conceptualisation au lieu de mettre en place une mémorisation fugace, au lieu de survoler les mécanismes complexes auxquels les enfants ne peuvent accéder sans travailler sur le long terme. J’ai la crainte qu’on en arrive à une centration exclusive sur le programme qu’il faudra terminer à tout prix. A l’école primaire, ce serait catastrophique d’oublier la réalité des élèves et de leurs besoins, et de l’entraînement nécessaire à l’acquisition des notions. On a l’impression que le ministère et l’opinion publique croient que les enseignants de l’école élémentaire sont prêts à se lancer dans n’importe quelle aventure pédagogique, sans réflexion. Cela ne s’est jamais passé comme cela !

- Que pensez-vous du programme de grammaire ?

  • On assiste à un retour très fort au cycle 3 de l’analyse grammaticale. La grammaire n’est pas vue prioritairement comme un outil pour mieux lire et mieux écrire, mais comme un étiquetage de classes grammaticales et de fonctions. Je suis le premier à dire qu’il est indispensable de savoir repérer certaines classes grammaticales, d’abord pour assurer les accords. Mais aller jusqu’à la subordonnée conjonctive au CM2 me semble de la folie. Mes élèves de ZEP, qui rencontrent des difficultés très fortes dans le domaine de la langue, doivent passer du temps sur autre chose que des analyses grammaticales stériles. Pour acquérir les fondamentaux de la langue ils auraient d’ailleurs plutôt besoin des démarches du FLE et du FLS (Français langue étrangère et Français langue seconde). Par exemple quand les élèves disent « les filles y/ils m’embêtent », ce n’est pas l’analyse grammaticale qui va permettre de remédier à cette difficulté (qui ne touche pas que les élèves d’origine étrangère). La langue que certains élèves parlent est effectivement éloignée de celle de l’école. Il faut vraiment les aider à acquérir une meilleure maîtrise de la langue, et en particulier de la langue orale, mais pas à coup d’analyse grammaticale : ce serait un emplâtre sur une jambe de bois.

- Ces programmes vont-ils être utiles pour les élèves en difficulté ?

  • J’ai envie de citer un livre qui vient d’avoir un très grand succès, « Chagrin d’école » de Daniel Pennac. Quand je vois ces projets de programmes, je me dis qu’on retombe dans ce que le livre dénonce, un enseignement complètement désincarné, déshumanisé. On dit aux élèves : « Vous êtes là pour apprendre, si vous échouez tant pis pour vous, vous aurez éventuellement deux heures de soutien par semaine. » On considère les élèves en difficulté non pas comme un donnée objective, existant dans la classe mais comme un problème à traiter. La pédagogie, c’est justement de prendre en compte ces élèves en difficulté avant d’avoir besoin de remédier. A quoi servira de proposer une remédiation pour l’élève qui ne saura pas conjuguer tel verbe au passé antérieur ?

Antoine Fetet est formateur à l’IUFM d’Epinal et coordonnateur ZEP

 

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