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10 mars 2008

Nouveaux programmes

Entretien avec Danièle Manesse

- Dans quel état d’esprit abordez-vous l’analyse de ces nouveaux programmes ?

  • Je voudrais sortir du sarcasme, et essayer d’avoir une position ouverte. Pour cadrer, je dirais qu’il y a un problème : nous avons mis en évidence la baisse du niveau en orthographe en 20 ans, due à la mauvaise maitrise de l’orthographe grammaticale. On ne peut pas faire comme s’il n’y avait pas de problème, alors même que cette question trouble les instituteurs et les professeurs qui sont dans une grande insécurité. Deuxième point : ce problème est-il lié aux programmes qu’on mettait en œuvre ? Si ce n’est pas le cas, il faut le dire, et le montrer car il s’agit d’être efficace. Je crois vraiment, comme François Dubet que l’efficacité est la condition de la justice. « Plus l’école est efficace, plus elle est juste ; et moins l’école est efficace, moins elle est juste. » Sinon, il faut accepter l’idée de faire évoluer les programmes ! Je crois pour ma part, que les programmes de 2002 ne prenaient pas clairement position sur les questions de norme et de contenus, parce qu’ils mettaient l’accent sur la méthode…

- Vous êtes favorable au socle commun.

  • Je suis une adepte du socle commun, comme je le suis du collège pour tous, de l’école pour tous jusqu’à 16 ans. Je crois profondément à une école qui mélangerait toutes les catégories sociales dans une même culture, pour avancer à son rythme, une école qui permettrait d’abandonner ses études pour les reprendre au bon moment de la vie… Dans le socle commun tel qu’il est défini, on peut pinailler, discuter ceci ou cela, trouver des formulations qui ne nous conviennent pas, mais ce n’est pas important. Ce qui l’est, c’est affirmer l’idée d’une même culture pour toute la population. Et dans ce socle commun, la langue est vraiment présentée comme l’instrument de l’acquisition des connaissances, l’outil principal auquel il faut consacrer beaucoup de temps. Je ne crois pas du tout que le socle soit minimal, au contraire, je le crois ambitieux sur la question de la langue. Si tous les étudiants pouvaient répondre aux critères du socle commun en matière de langue…. Je voudrais qu’on regarde les copies de mes collègues qui enseignent en lycée professionnel. C’est terrifiant de voir certains de ces jeunes qui ne savent pas écrire, qui ne savent pas lire, qui subissent la violence de l’échec … Que s’est-il passé, alors qu’ils ont 10-12 ans d’école derrière eux ? Si déjà, ils avaient pu sortir du collège avec les compétences du socle commun !

- Quelle est l’importance de l’orthographe aujourd’hui ?

  • La langue est le moyen d’entrer dans les savoirs et c’est aussi un moyen de sélection pour faire des études longues. Elle se donne dans une forme et dans des normes dont l’orthographe fait partie, et il n’y a pas le choix. Pourquoi le peuple tient-il à l’orthographe du français ? Il y a évidemment une survalorisation de l’orthographe mais on peut montrer qu’il ya une corrélation forte entre orthographe et réussite scolaire – bien sûr, je parle de moyennes : l’orthographe fonctionne comme une métaphore de l’école, elle est en corrélation avec la réussite et l’échec scolaire. Bien sûr, l’orthographe n’est pas le tout de la langue. Je ne défends pas l’orthographe dans l’état où elle est. Je pense qu’il faudrait en réformer une partie, les doubles consonnes, les lettres grecques, l’accord du participe passé… Le plus tôt serait le mieux mais visiblement la société n’est pas prête.

- Que pensez-vous des programmes de français ?

  • Les nouveaux programmes sortent dans un très mauvais climat. Sans doute ont-ils été faits dans la précipitation et dans le secret. Mais on les attendait ! Puisque la publication en 2006 du socle devait être suivie de la mise en conformité des programmes avec le socle. Sans doute sont-ils paradoxaux, en disant insister sur le français alors que les horaires sont surchargés. Il est vrai aussi qu’on aurait dû d’emblée expliquer les différences avec les programmes de 2002, donner les raisons de ces différences. Je comprends les 350 000 enseignants qui voient revenir des changements de programmes au bout de 6 ans, à qui ça donne le tournis. Tout ceci est déconcertant mais plutôt que de s’appesantir sur des formes, allons de l’avant pour en modifier ce qui ne nous semble pas bon !

- Signent-ils la disparition de l’ORL ?

  • La grande différence de ces programmes de français avec les précédents, c’est la disparition de l’ORL en tant que méthode exclusive d’approche de la grammaire. Et je pense en effet qu’il faut s’appuyer sur deux piliers : des moments spécifiques, identifiés par les élèves comme des moments de grammaire, des moments d’orthographe et pas seulement du travail en texte. Nous avons été nombreux, tout en soutenant l’ORL dans son principe, à mettre en garde contre une interprétation des programmes de 2002 qui dispenserait les maîtres attachés à leur application à la lettre, du souci de la stabilisation des connaissances, des règles. Quand il n’y a pas de progression « visible », quand les maîtres doivent gérer les difficultés à travers les textes, gérer la séquence, privilégier les grandes unités de sens, le risque est grand que les élèves ne parviennent plus à se repérer et à capitaliser les règles. Pour moi, ces programmes ont un autre intérêt : on ne prescrit pas une méthode mais des objectifs. Donc, c’est aux maitres de trouver les méthodes. L’ORL est une méthode, qui marche bien avec certains enfants mais défavorise ceux qui ont moins de repères et sont déstabilisés par les situations-problème. L’ORL a pu donner l’impression de discréditer dans sa totalité un savoir pédagogique traditionnel d’enseignement de l’orthographe, et c’est dommage. Ces programmes insistent sur l’entraînement, la répétition, la stabilisation. Or, pour moi, il faut pratiquer les deux : l’observation réfléchie des erreurs, et l’enseignement structuré des difficultés en orthographe. Au lieu de protester, dépêchons-nous d’intervenir pour retrouver un équilibre ! Les nouveaux programmes sont plus courts et ils sont accompagnés de progressions. J’y suis favorable. Ceux de 2002 étaient extrêmement complexes pour de nouveaux enseignants, et trop allusifs quant à la progression. En revanche, je trouve le programme de grammaire beaucoup trop lourd, mal fichu, dispersé. Pour se donner les bases de l’orthographe, il suffit de reconnaître les classes de mots, de départager ce qui est variable de ce qui ne l’est pas et de savoir conjuguer. C’est déjà beaucoup si on prend le temps de le faire bien…

Danièle Manesse est professeure de sciences du langage à l’université Paris 3 -Sorbonne nouvelle

 

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