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10 mars 2008

« Une fuite en avant »

Entretien avec Philippe Meirieu

- Quel regard portez-vous sur les nouveaux programmes ?

  • Ces programmes me semblent très préoccupants car ils relèvent d’une fuite en avant. Ils s’intègrent dans un cadre global qui plie devant le consumérisme ambiant. Il s’agit moins de céder à des lubies réactionnaires de « Sauver les lettres » ou de rétro-penseurs tels Brighelli (tous très contents au demeurant) que de flatter démagogiquement une partie de la population mal informée. Ils donnent l’illusion qu’il suffit de faire des exercices, d’apprendre par coeur pour obtenir des résultats. C’est une réponse à une angoisse réelle de parents… Mais une mauvaise réponse. En réalité, ces programmes signifient l’abandon des objectifs d’émancipation que s’étaient fixés les penseurs de l’école républicaine comme ceux de « l’éducation nouvelle », tous ceux qui ont prôné la démarche expérimentale, la recherche documentaire et l’acquisition de la pensée critique. C’est une rupture avec l’ambition philosophique et politique de formation du citoyen. Il n’est plus question d’instruire et d’émanciper, mais de produire des élèves calibrés. Cette nouvelle école est imaginée comme une entreprise et l’élève est une marchandise évaluable avec un input et un output. Ce glissement se fait au détriment de ce qui ne s’évalue pas selon les critères du système libéral : il n’existe pas de notes pour l’autonomie, pas de notes pour la pensée critique. C’est une fuite en avant vers l’école fabricatrice qui oublie qu’en son principe même, il y a l’émergence de la liberté d’un sujet.

- Quel domaine vous semble de ce point de vue emblématique ?

  • Le retour des vieux principes de l’éducation civique sous forme très moralisatrice est, de ce point de vue, révélateur. Ces principes ne sont plus découverts mais martelés. Les rédacteurs des programmes prolongent l’idée qu’ « avant » les élèves étaient plus moraux et ils réutilisent des recettes qui ont fait leur preuve, maximes et adages qu’il suffirait de mémoriser. Mais c’est une illusion. La société a changé et, alors que ces valeurs moralisatrices étaient, jadis, assez largement relayées par la société, aujourd’hui le modèle du maillon faible s’impose à la télévision, le profit à n’importe quel prix domine le monde des finances et du show-business. Ce sont des contre-témoignages très puissants. Et, seules des activités du quotidien qui obéissent à d’autres principes peuvent montrer l’importance de la solidarité et du civisme. Les nouveaux programmes abandonnent la pédagogie du projet, or c’est elle qui permet l’apprentissage du collectif, de découverte de l’altérité, des liens entre les problèmes à résoudre et les objets de savoirs.

- Quelle place ces programmes donnent-ils à l’enfant ?

  • Je pense que l’approche des programmes s’intègre dans ce que Bernard Stiegler appelle le capitalisme pulsionnel. La société a déclenché des comportements chez nos propres enfants qui nous effraient et nous inquiètent : les gêneurs, les turbulents, les hyperactifs, les violents, les déprimés sont là, sous nos yeux. On prend peur et on essaie de compenser ce que notre société a elle-même engendré. Nous les avons fabriqués par une société de l’hyper-rapidité, de la consommation qui en a fait un outil pour la publicité… Et, plutôt que de nous tourner vers les ressorts de la société qui créent ces comportements, nous rassurons des gens inquiets de l’évolution contemporaine par des incantations moralisatrices… Plutôt que favoriser l’éducation et la pédagogie, les programmes cèdent à la tentation de la contention disciplinaire. Cette conception de l’école relève pour moi du libéralisme autoritaire. Liberté des écoles d’une part, avec mise en concurrence, publication des résultats - comme l’a exprimé le Président, après tout, pourvu qu’il y ait les résultats, toutes les pédagogies se valent ! – et, d’autre part, autoritarisme à l’intérieur de chaque école. C’est le contraire du projet républicain qui instaure un état régulateur qui transcende les intérêts individuels mais assure un climat de liberté au sein de chaque institution.

 

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